rap marocain

rap marocain
c koi ton meilleur groupe,H-kayn?,[c=#ff0077]Casa Crew?,[c=#0000ff]Fes City Clan?,[c=#ff0044]Fnaire?.

# Posté le jeudi 26 juillet 2007 17:31

bigg mnin nebda

bigg mnin nebda
- Peux-tu te présenter aux Jeunes du Maroc (nom, prénom, âge,...)

Mon vrai nom c'est Taoufik HAZEB, 22ans, je suis en DEUG Droit français à l'université Mohammedia.


2- Comment as-tu découvert le monde de la music en général et le hip hop en particulier ?

En fait le milieu de la music m'a influencé depuis que j'avais 6-7ans. Ma mère aimait le style Beatles Soul Américain ; Mon père c'était plutôt Withney Houston, Nass El Ghiwan , Abd Lhalim , Farid. C'est ce qui a fait qu'il y avait différentes sortes de cultures musicales. Et donc, je m'intéressai beaucoup à tout ce qui était anglais. Je traduisais les textes (on peut dire que j'étais du genre curieux). Pour le hip hop, comme pour tous les Mc (Master of Ceremony), c'était pour moi avant tout une music que j'aimais. Le premier groupe que j'ai adoré était les MOBB DEEP. D ailleurs, jusque là ils sont toujours une référence à mes yeux, lyriquement et musicalement parlant.
Peu après, je me suis dit « pourquoi ne pas essayer de faire comme eux ? Et d'écrire des verts en anglais sur des instrus ricains ? (Mais en fait c'était toujours dans le cadre du délire). La première fois que j'ai touché à un stylo, j'avais 14 ans, et 15 ans pour le micro, en fait c'était plus pour frimer que pour faire passer un message. Peu à peu, on se crée sa propre sphère, son propre style et on décide de s'identifier. Pour cela, il faut avoir un petit plus : de mon coté, c'était l'anglais. Mais cela ne suffisait pas, il fallait aussi pouvoir arriver à faire passer le message. Ainsi, scène après scène, tu te fais un public, des ennemis ;) , des fans parfois et surtout un style à toi. Le seul problème que j'ai eu, c'est que personne ne comprenait mes mots. Alors, il a fallu y remédier. Je me suis mis à écrire en arabe (sous l'influence je dois dire d'un ami rappeur « Masta Flow ». Dès lors, je me suis rendu compte que les gens appréciaient ce style (un flow ricain + paroles en arabe "darija osée" ).
En parallèle, je fais de l'animation autant que Mc avec DJ Key sur pas mal de scène (l'avant première de DJ Abdel, Nourri, I Love Hip Hop In Morroco, Party Time, New Feeling... ). C'était un truc pour me défouler mais surtout pour avoir de l'argent afin de pouvoir investir dans ce que je fais (album), d'autant plus que je produis moi-même mes intrus, aussi bien que celles de Mafia-c. Pour ce qui est des instrus, je suis fan de tout ce qui est soul américaine (les artistes comme AL GREEN, ARETHA FRANKLYN, OTIS REDDING, CHI LITES, MILES DAVIS ...). Ainsi, me suis-je mis à sampler des sons et à composer. Les amis trouvaient que ce n'était pas mal donc j'ai continué .


3- Quelle est l'histoire de Mafia-C ? Comment vous êtes-vous rencontrés et comment vous-êtes-vous lancés ?

Mafia-c c'est mon 6ème groupe. Pour eux c'était le premier. Avant tout, ils étaient des amis, ils m'avaient demandé de faire un petit « truc » pour eux : un Feat. Alors, on est monté sur la scène du championnat de break 2000ou 2001, je ne me rappelle plus exactement. Ensuite, nous avons participé au Boulevard des Jeunes Musiciens autant que groupe. Aujourd'hui cela fait quatre ans que l'on existe. Côté album, c'est un peu tôt pour Mafia-C d'en parler, puisque les membres ont beaucoup d'activités en parallèle (Etudes, Boulot, ...). Donc, on y travaille mais lentement.


4- Quels sont les moyens dont vous disposez et quels sont ceux dont vous avez besoin ?

Les moyens dont on dispose ? hmmmmm .... rien. Ce dont on a besoin c'est de tout. Personnellement, j'ai besoin d'un studio à ma disponibilité et d'un manager pour pouvoir faire mon album.


5- Quand est-ce qu'avez-vous décidé de faire carrière solo ? Et qu'en pense Mafia-C ?

En fait, cela fait 8 ans que je suis dans le mouvement, et puisque à chaque fois je change de groupe, je ne pouvais jamais me lancer en solo. Je passais toujours le groupe en premier. Mais là cela fait un an que je me suis mis à travailler sur les instrus de l'album. Et à chaque fois, soit je ne supportais plus, soit je les passais au groupe. Mon album je l'ai fait en 2 -3 mois en tout, mais c'était genre "je ne sortais plus", j'ai revu toutes mes instrus et j'ai écrit tous mes textes .


6- Que voyez-vous pour votre avenir ? Et celui de Mafia-C ?

Pour mon avenir, c'est plein d'albums que ce soit avec un label ou auto-production.
Le deuxième cas cela va vraiment être chaud, mais j'adore, donc je ne lâche pas l'affaire .


7- Pourrais-tu nous donner un peu plus de détail sur le label de production français ?

Pour le label, il s'occupe de la production en France d'artistes débutants. J'ai travaillé avec eux dans le cadre d'un album qui sortira en fin 2005. Il y aura des têtes d'affiche tel les psy 4 de la rime (avec lesquels j'ai fait un feat.) Puis il y aura d'autres surprises que je préfère ne pas divulguer pour l'instant. Donc, apparemment, ils sont intéressés par ce que j'ai fait sur leur projet et ne veulent pas arrêter. Alors espérant que tout se passe bien. Il y aura aussi un maxi qui sortira autant que promo pour l'album en fin de ce mois. Et pour le promouvoir, nous présenterons un concert à Timitar en juillet. La date n'est pas encore confirmée.


8- Un petit mot pour ceux qui veulent se lancer en Music ?

N'hésitez surtout pas. La music et le hip hop marocain ont besoin de gens qui s'investissent à fond, et surtout ayez le courage de dire ce que vous pensez à haute voix.

# Posté le samedi 21 juillet 2007 07:15

Fnaire

Fnaire
wa mat9iche bladi.
ardi w arde jdadi.
ardi w arde 7babi.
wli hbe f bladi.
nrfdou bchda w nadi.
mat9issouche bladi.

ma7lak ya bladi.
7obk f dmi radi.
k7le l9lbe wayak latadi.
7dk tmak sif madi.
manhbou mansr9ou manadiw manjr7ou.
rou7 rabi mandlmou.
7dk tmak matkhrbou
nasse abriae mat9tlou.
a3ibe hatchi linwitou rah 7rame hatchi likadirou hzou lkhmssa.
sslame ssba7 wmssa.
had lklame likoume how.
had lklame koulou mrssa.
ch7ale mn wa7d bka wchka.
layr7me li matou layr7m.
hadouk chohadae 3nd lah.
la di dmi fi dak nkoune 7dak nzide bladi mat9iche bladi.

wa mat9iche bladi.
ardi w arde jdadi.
ardi w arde 7babi.
wli hbe f bladi.
nrfdou bchda w nadi.
mat9issouche bladi.(2)


he 7dk tme t9isse bladi tndme.
3chna kife lkhoute nssara msslmine yhoude.
likrhna f bladna mndoube.
sbhanou rb wa7de m3boude.
he goulou chkone sbbabe 7ta wlina nchkou fl7babe.
tfgrte casa ssdina lbwabe.
mab9atte ti9a mohal wach tareje3 el omomr kif makant fel ha9i9a mohal wach ti9 mohal wach tekhereje men had di9 samehoni yalehbabe hadi beladi omen el khireha nehel el babe hiseri we kiseri hebo esalame meteli daro mejehode daro lechere hodod wakha esas mehdoum wwemat9ich bladi hadi belad lejoud.
wa mat9iche bladi.
ardi w arde jdadi.
ardi w arde 7fadi.
wli hbe f bladi.
nrfdou bchda w nadi.
mat9issouche bladi(2)
wa9efin fibab lah wa9efin sad9in beklamena hada sade9in wengolo ha da lemketobe neterjaw men lah 9eleb welad lebelad itoub ah weli matou weli teghatou weli lemout datou wechahide omawatatou 3elach tefeni hyatek ou bladek mazal bghatek ou bladek mazal bghatek ou bladek mazal bghatek ah makanech 3lach ou cha3eb chafe lewil sebabena dakhil omalena 3ela hade di9 ah we mat9ich bladi ah liferasek ghire nesahe wedineke late3lah mat9ich bladi ah wa mat9iche bladi.
ardi w arde jdadi.
ardi w arde 7fadi.
wli hbe f bladi.
nrfdou bchda w nadi.
mat9issouche bladi(2)

# Posté le vendredi 20 juillet 2007 11:54

Fnaire

Fnaire
Elu meilleur groupe du Boulevard des Jeunes Musiciens en 2004, Fnaïre allie mélodies traditionnelles marocaines et beat-rap dans un mélange détonnant. Découverte.

Achraf, membre du groupe Fnaïre, est un vrai Marrakchi. Signe qui ne trompe pas, il vous fixe rendez-vous à 19h30 dans le nouveau quartier classe moyenne de Badiî, une fois passé la grosse chaleur de l'après-midi. Achraf débarque, fin et élancé. Il sort à peine du magasin de musique où il travaille. Il annonce la couleur juste par son look. Achraf est vêtu d'un antique maillot de basket frappé du nom de Scottie Pippen, joueur des Chicago Bulls de la grande époque 80's.

C'est qu'Achraf, à l'instar des 3 autres membres de Fnaïre, baigne dans la culture rap depuis son enfance : "Cela fait des années que j'ai ce maillot. Il n'y a pas à dire, les Américains font de la qualité". Achraf salue le photographe venu les shooter. Ils se sont connus à l'Institut français où Achraf traînait ses guêtres à l'époque où il faisait du rap underground au sein de DNR avec Khalifa, un autre futur membre de Fnaïre.

C'est aussi à l'Institut français que Mohcine, un des quatre larrons, a fait ses premiers pas dans le hip hop au sein de Maghrap. Mohcine rencontre Achraf et Khalifa lors d'une compétition de rap en 2000. DNR y remporte le prix du meilleur groupe et Maghrap celui de la meilleure troupe de hip hop. "On avait tous les trois le même désir de faire du rap purement marocain" expliquent-il en ch½ur.

Mohcine, Achraf et Khalifa sont bientôt rejoints par Khalid alias DJ Van. Lors d'un battle à Marrakech, ce dernier les accompagne aux platines, apprécie leur travail et se lance avec eux dans l'aventure. La bande des 4, désormais au complet, travaille un an à composer et arranger leurs premiers morceaux, sans même encore avoir choisi de nom de groupe. Il leur sera inspiré par le magasin d'artisanat où Khalifa travaille, un soir de ramadan où ils étaient réunis dans son échoppe de la médina à tuer le temps, entourés de lampes colorées : les fameux fnaïrs marrakchis. Le nom colle parfaitement à leur ambition artistique : faire du rap "taqlidi" qui mélangerait le patrimoine musical marocain aux beats rap.

Les premiers succès
Fnaïre se coltine avec le public pour la première fois lors d'une série de concerts en 2002 au profit de l'Association de lutte contre le sida sur la place Jemaâ El Fna. L'ambiance y est plutôt folklorique : "On jouait au milieu des fumées de grillades. On ne savait pas qui était là pour nous écouter et qui était venu manger" raconte Mohcine.

Lors de ce même concert, ils dédient sur scène un morceau à leur ami Anas décédé : "Mohcine avait les larmes aux yeux en chantant. Le lendemain, plusieurs restaurateurs de Jemaâ El Fna nous présentaient leurs condoléances. C'était franchement un concert très spécial", se souvient en souriant Achraf. Ils jouent aussi pour la première fois "Bahjaoua", qui deviendra le titre phare de leur premier album.

A la direction du studio d'enregistrement du groupe, Achraf croit reconnaître le père de Mohcine : "C'est notre premier fan. C'est lui qui nous a aidés et soutenus à nos tout débuts". Il n'y a jamais eu de clash de générations entre les membres de Fnaïre et leurs parents. Il faut dire que les quatre membres sont le portrait robot du fils rêvé : ils ne fument pas, ne boivent pas et ne se droguent pas. Une image d'artistes propres sur eux que renforcent les déclarations de Khalifa : "On veut faire du rap qui dit des choses sérieuses et que l'on peut écouter en famille".

Assis aux manettes de son studio de production, Mohcine en rajoute une couche. Sous ses dehors de garçon posé et discret, il n'hésite pas à aller à contre-courant de l'opinion générale qui a crié au génie en écoutant "Messaoud" de Awd Llil, rappeur marocain à l'identité inconnue, et dont les morceaux ont atteri sur la scène via Internet.

Rappelons d'ailleurs qu'une bonne partie de la communauté de rappeurs repproche à Raw Daw la vulgarité de ses textes. Un avis partagé par les Fnaïre : "Son succès a plutôt desservi le rap en donnant une image négative du genre". C'est dans ce petit local équipé qu'ils ont auto-produit leur dernier album. "S'auto-produire n'est pas une difficulté en soi.

Acheter le matériel d'enregistrement nous est revenu à peine à 50.000 dirhams. C'est davantage la distribution qui pose problème. Ainsi, on a écoulé à peine 1000 exemplaires de notre premier album" explique Mohcine. Le piratage y est pour beaucoup, puisque "Bahjoua" était disponible sur le marché parallèle 6 mois avant la sortie de leur premier opus. "Le piratage t'aide à devenir célèbre" déclare Mohcine. "Mais, il t'aide aussi à rester pauvre" complète Achraf dans la foulée.

"Beaucoup de jeunes s'imaginent qu'on a un jacuzzi en guise de salle de bains ou qu'on roule en grosse voiture" rajoute ce dernier. Cette image de groupe "labass aâlih" est née suite au succès de "Mchicha" qui a fait d'eux un phénomène "à l'insu de leur plein gré" comme diraient les guignols. "Nous avions composé ce morceau un soir où nous n'avions rien à faire, juste pour déconner. à cette époque, nous fumions encore la chicha, on s'est mis à délirer sur les objets présents dans l'appartement : un bout de chocolat, une chicha, etc." raconte Mohcine.

Un dj de passage tombe sur cet inventaire à la Boris Vian d'un modeste intérieur marocain. Il diffuse le morceau au club de vacances de la Banque Populaire où se réunissent de nombreux jeunes Marrakchis. D'un posage dés½uvré, le dj fait un succès populaire : "Ce dernier m'appelle un jour en me disant que les jeunes lui réclament sans arrêt "Mchicha". Quelle Mchicha lui ai-je répondu ? Le public avait déformé le mot chicha et avait renommé le titre" explique Mohcine.

Fnaïre avait oublié jusqu'à l'existence de ce morceau qu'ils avaient d'ailleurs effacé de leur ordinateur. Mohcine se pointe cependant au club de la Banque populaire à l'invitation du dj. "Alors que je ne m'y attendais pas, le DJ m'annonce au public. J'ai été pris de court, j'étais occupé à installer des câbles". Mohcine, qui n'avait qu'un vague souvenir des paroles, ne se démonte pas et demande aux gens de chanter avec lui. Le public connaît le morceau par c½ur. Fnaïre est dépassé par les évènements. "Mchicha" est bientôt en vente à Derb Ghallef, il est connu des Casaouis, on l'écoute même dans des restaurants marocains de Paris.

La reconnaissance
Le succès de "Mchicha" leur colle l'image d'un groupe rap commercial auprès de la scène casablancaise : "En arrivant au Boulevard des Jeunes Musiciens en 2004, nous étions inquiets. Des amis casablancais nous avaient expliqué que nous avions la réputation d'être un groupe pour jeunes filles auprès des puristes du rap".

Sur scène, ils dévoilent leurs autres morceaux, le public est conquis par leur originalité. Débarqués avec un petit complexe de provinciaux montés à la capitale, ils repartent auréolés du titre de meilleur groupe marocain. Aujourd'hui, ils ne renient pas "Mchicha", mais ne veulent pas que ce succès masque leurs recherches musicales en cours.

Fnaïre a notamment participé à l'album la Kahena de Cheb i Sabbah. Le morceau enregistré avec Bn'at Marrakech retranscrit d'ailleurs bien leur esprit, entre tradition et modernité, sans l'aspect éculé de l'expression. Fnaïre recroise le Cheb à Essaouira en 2005. Le DJ les invite à jouer avec lui sur la place Moulay Hassan, après quelques prestations communes sur la scène electro en front de plage. "Cheb nous avait dégoté des pass. Les organisateurs, Neïla Tazi en tête, se demandaient inquiets, ce qu'on foutait là, car nous n'étions pas prévus au programme". L'accueil enthousiaste du public a donné raison à l'improvisation du Cheb. Suite des aventures de Fnaïre bientôt, leur nouvel opus est en boîte. Sortie prévue sous peu.

# Posté le vendredi 20 juillet 2007 11:42

bigg yeah mgharba tal mout

bigg yeah mgharba tal mout
Bigg porte bien son nom : avec Mgharba 'tal mout, premier album sorti avec fracas en avril dernier, le rappeur au parler cru a pris une grosse place dans l'univers rap marocain. Rencontre avec un artiste qui fait le poids.
Tee-shirt XXL, barbe de plus de trois jours, un faux diamant planté dans chaque oreille, Bigg balance son imposante silhouette dans les rues de Roches noires. C'est son fief. Ici, un vieux embrasse le môme du quartier ; là, un môme apostrophe le rappeur respecté : “Bigg ! Khouya !” Sous une chaleur de plomb, Bigg éponge son crâne perlé de sueur.

Il est déjà 16 heures, il vient de se lever, un peu plus tôt que d'habitude : un coup de fil à passer à Casa FM. “C'est là où j'ai été élevé”, dit-il en dépassant, sur la droite, la maison où la s½ur de sa grand-mère s'occupait de lui quand il était petit. “Si on s'arrête, on n'est pas près de sortir”, justifie-t-il en laissant derrière lui l'océan et lmoun, “la jetée” version arabe, là où tu te fais dépouiller si t'es pas du quartier !” Hilare, Bigg rectifie : “Enfin maintenant, ça va mieux, toute ma promo est à Oukacha”.

Au carrefour, une vieille Volkswagen bordeaux attend sur le bas-côté. C'est celle de Réda. “Le mec que je vois plus que mon père et ma mère, lance Bigg en s'installant à côté de lui. Il est parmi les premiers qui y ont cru, et aujourd'hui, il gère les scènes, les featurings...” Les deux ne se quittent plus depuis la fac de droit (section française). Aujourd'hui, l'étudiant Taoufik Hazeb, 23 ans, est en licence à Mohammedia, espérant la décrocher l'an prochain après s'être arrêté à la fin du premier semestre, pour une très bonne raison.

Elle tient en trois mots : Mgharba 'tal lmout. Sorti en avril dernier à grand renfort de système D, c'est l'album évènement de la scène marocaine 2006. Vingt-quatre titres bruts de décoffrage, écrits avec virtuosité et crachés avec rage, appuyés par des featurings complices pour appuyer là où ça fait mal : années de plomb, corruption, islamisme... Un décor dans lequel mieux vaut avancer armé. “C'est la moindre des choses d'avoir une licence, si jamais ça marche pas...”

Leader mais pas dictateur
Mais pourquoi diable s'engouffrer dans une filière de diplômés chômeurs ? “La fac en général, c'est par défaut... T'as vu mon quartier, pas besoin de te faire un dessin”, lance le fils d'employé ONCF, qui, quand il n'était pas sur les bancs du lycée Imam Malik, se débrouillait CD et micro en refourguant “au plus riche” des jeans 501 achetés à 250 DH. “Le container en face de chez moi avait été fauché, je ne faisais rien d'illégal...”, assure Bigg, que les flics ont longtemps laissé tranquille jusqu'à ce qu'il leur balance, sur scène, deux trois vérités à la face.

“La chose contre laquelle j'ai vraiment la rage, c'est l'abus de pouvoir”. D'où le droit français : “C'est le seul moyen d'avoir légalement un poste de pouvoir et essayer de changer les choses, passer bezzez à travers le système”, s'énerve-t-il. D'où, aussi, le rap : “Le seul moyen d'exprimer cette colère sans casser des voitures ou faire des émeutes”.

Méfiant envers le pouvoir, friand de leadership : cette équation est un peu le fil directeur de la trajectoire de Bigg dans l'univers rap : six groupes en neuf ans, dont les noms évoquent tous la scène East Coast américaine, bien qu'il “n'aime pas le mot influence”. D'un groupe à l'autre, Bigg a sauté pour mieux affirmer ses idées. D'abord Thug Gang, celui du premier concert à Sidi Belyout. “On était trois gosses de 16 ans et on s'est débrouillé de A à Z. On a même fait 250 balles de bénéfice par tête”. Puis vint la préparation du Boulevard des jeunes musiciens à la FOL, “y en a qui voulaient répéter, d'autres non...” Bigg quitte le groupe avant la compétition.

Ensuite, Cash Money, “c'est-à-dire tout ce qu'on n'avait pas”, puis X-Side, dont le chanteur “rappait à la Snoop (Doggy Dog)”. Germe alors l'idée du rap en arabe. “Mais c'était un groupe avec trop de têtes pensantes”, tranche Bigg. “Je suis ouvert à toutes les propositions, mais j'aime pas qu'on me dirige”. Pour se changer les idées, le rappeur fait un break avec Snipers, un duo de hard core “juste pour le kif”, mais dans lequel il continue de parler, en anglais, de politique et de “streetlife”.
Enfin, c'est en tant que MC solo qu'il joue pour la première fois avec Mafia-C, avant de rejoindre le groupe pour quatre ans. “Ils avaient peut-être besoin d'un leader”, suggère Bigg, sourire en coin. Le groupe balance dix-sept titres sur le Net, se concocte un public, joue au BJM 2001 et dans des concerts de l'association Original Hip Hop fondée par DJ Key. Après une petite tournée, Bigg repense à se produire en solo. “Eux n'ont pas trop assumé que je fasse les deux en parallèle”, résume-t-il pour expliquer cette dernière rupture.

Une chose est sûre, Bigg ne regrette rien. “Au festival de Casa, je risquais le tout pour le tout en jouant en dernier. Finalement, la place Rachidi était pleine jusqu'à deux heures du mat'. ça m'a appris que je peux tenir sur scène plus d'une heure”, se rassure notre homme qui, habitué à mettre en boîte ses morceaux très rapidement, a dû se faire violence pour apprendre ses propres paroles par c½ur.

Il a fait du chemin, le gosse natif de Hay Mohammadi, dont les parents écoutaient Abdelhalim, Whitney Houston et les Beatles. C'est l'anglais qui l'a mené au rap bien plus que le rap à l'anglais. “J'avais un prof très direct, MTV”. Neuf ans plus tard, même s'il assure être bercé de soul et ne pas écouter de rap chez lui, Bigg arbore fièrement son total look hip hop. Dans le parking souterrain des Twins, il kiffe se prendre en photo avec son portable, bras écartés et air de pitbull.

Vulgarité ou réalité ?
En haut se trouve Saber, “le meilleur spot de fringues hip hop du Maroc. Fnaïre et H-Kayne descendent ici”. C'est aussi un des dix points de vente de Mgharba 'tal lmout. Ici comme ailleurs, le stock est épuisé. Deux cents albums au total, soit pas grand-chose. “J'avais sorti une série de mille, mais j'en ai distribué 800 “favor” à la presse, aux festivals...” En sortir mille de plus coûterait 10 000 DH. “Je ne les ai pas”, avoue le rappeur dont les récents cachets ont épongé les crédits. Malgré cela, Bigg évoque la marque qu'il cherche à lancer : “AlKhasser wear”, reprenant le surnom provoc' qu'il s'est lui-même donné. “C'est eux qui m'appellent comme ça”.

Eux ? Tous ceux que choque son parler cru. Jusqu'à certains potes. “Je lui ai suggéré de faire des versions plus clean, pour la distribution, la radio ou certaines scènes. Si ma mère vient nous voir à Agadir quand je scratche avec lui, je serai gêné”, reconnaît Khalid Douache, aka DJ Key, qui a étroitement collaboré sur Mgharba 'tal lmout, tant aux platines qu'à la post-prod, via sa boîte Funky Noise.

Voilà un débat qui semble blaser l'intéressé autant qu'une session parlementaire. Il faut dire que la darija de la rue ne fait pas dans la dentelle. Pour preuve, “warma”, charmant néologisme issu du mot tumeur pour évoquer “une meuf bien calibrée”. En tout cas, rien qui effraie Imad, l'animateur de “Ze Kotbi Show” sur Casa FM, dont Bigg était l'invité deux semaines plus tôt. Cet après-midi, le rappeur revient en studio pour enregistrer un jingle. Plié en deux, s'éventant avec une pochette de DVD, Bigg dégaine sa voix caverneuse.

Débit de parole extralarge, truffé de vannes finissant sur un rire sonore, c'est un bon client pour la radio. D'autant que, khasel ou pas, Bigg ne parle pas pour ne rien dire. Personne de sa famille n'a été directement touché par les années de plomb, “mais ça ne m'ôte pas le droit d'en parler. Je condamne l'abus de pouvoir”. S'il n'achète pas la presse, il a lu Derb Moulay Cherif et vu La Chambre noire, le film de Hassan Benjelloun qui l'a inspiré pour composer et écrire son titre phare “El Khouf” en moins d'une nuit.

Sa peur, à lui ? “Mourir avant de concrétiser ce que j'ai dans la tête”. Soit, à court terme, de nouveaux titres, dont “Sirou sawtou” pour contrer les islamistes en 2007, et un morceau confidentiel, pour lequel il rêve d'un clip innovant, tel un court-métrage en 35 mm que tournerait un cinéaste confirmé. A moyen terme, mettre sur pied Bigg Production. Et, à long terme, pourquoi pas aborder la scène américaine ? “Je veux surtout leur montrer qu'on peut débarquer du Tiers monde et se débrouiller”.

“Heureusement ça prend forme”, poursuit-il en évoquant les studios de Fnaïre (où il a enregistré une partie et mixé l'intégralité de Mgharba 'tal mout) et de Casa Crew, Funky Noise, la boîte de prod' de DJ Key et DJ Kamaz, l'EAC L'Boulvart, qui lui a prêté 10 000 DH pour Mgharba 'tal mout, ou encore Raptivite.net, le portail hyperinteractif grâce auquel s'est constituée la majorité de son public. “Des mineurs pour la plupart, qui pourront grandir inchaâllah avec ma musique”.

Bigg a eu ses déceptions : refus de visa pour la France, où il devait jouer le 16 avril dernier à Montpellier ; arnaque du label français UNI'SONS, dont la compil' Au-delà de J-Bralt-art a sollicité le labeur de nombreux rappeurs marocains - Aminoffice, Loubna, Mafia C, Masta Flow, Fnaïre, DJ Van, DJ Key - sans qu'aucun en voie la couleur ou l'argent. “Je les remercie pour un truc, c'est de nous avoir tous réunis”. Deux ans plus tard, la “family” - Fnaïre, Masta Flow, 9mm, DJ Key, Colonel, Loubna, Y-Cine, Caprice, Lotfi, Muslim, Skizo - est largement présente sur l'album de Bigg.

Au dos de la pochette, le rappeur a pourtant préféré remercier tous ceux qui ne l'ont pas aidé... “J'avais peur d'oublier quelqu'un dans les vrais remerciements, donc j'ai préféré m'adresser à ceux qui m'ont emmerdé”. Mais parmi toutes ses gueulantes, Bigg s'en réserve une pour lui-même : “Mon gros défaut, c'est que je suis fainéant. Je suis capable de louper un job ou un concert si mon réveil n'a pas sonné”. Ironie du sort, pour qui veut “réveiller” les Marocains

# Posté le vendredi 20 juillet 2007 09:29